L'Abbaye de Fontenay Page 1/2

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L’abbaye de Fontenay, construite entre 1139 et 1147, a été fondée par Saint Bernard au cœur d’une nature farouche, inondée par les eaux. Fontenatum veut bien dire « qui flotte sur les sources ». Les Cisterciens veulent appliquer strictement la règle de saint Benoît : prière, silence solitude, pauvreté et travail. Pour vivre loin du monde, il faut assurer sa subsistance. Un moulin et une forge y pourvoiront, puisque le ruisseau, domestiqué, permettra ce travail.

Si nous pouvons aujourd’hui la visiter, c’est que l'abbaye de Fontenay a retrouvé son aspect originel. Protégée par la royauté, sa prospérité grandit jusqu'au XVI°s, puis sombre dans un long déclin qui aboutit à sa vente à la Révolution pour être reconvertie en papeterie. Déclarée monument national en 1852, elle est achetée en 1906 par Edouard Aynard, banquier lyonnais et gendre des Mongolfier qui la possédaient depuis 1820. Il décide de démanteler tous les bâtiments industriels de la papeterie pour faire renaître Fontenay dans toute sa pureté médiévale et entame de grands travaux de restauration jusqu'en 1911. Classée au patrimoine mondial de l'Unesco en  1981, elle est un des plus anciens monuments d'influence cistercienne de France.

 

L'abbaye : la croix d'accueil

Fontenay : le porche d'entrée

l'orfice pour la tête du Chien : Cave canem !

La croix , à l'extérieur

détail de la croix

les armes de l'Abbaye

Arrivée à Fontenay

 

Lorsque nous arrivons dans ce vallon solitaire, de bon matin, nous sommes saisis par la tranquillité et l’harmonie des lieux. Devant nous, la porterie, surmontée d’un étage reconstruit au XV°s. C’est là que vivait le frère portier, assisté de son chien : dans le mur on voit un trou par lequel il pouvait passer la tête !

Nous entrons dans le parc qui entoure les bâtiments en longeant le chenil, orné de deux sculptures de chien. Il hébergeait les meutes des ducs de Bourgogne, qui chassaient dans les forêts alentour. Nous passons devant le colombier, une tour massive dont les murs font plus d’un mètre d’épaisseur. On y gardait les pigeons « de communication », car les moines avaient, avec le «droit de pigeon», la possibilité de correspondre, ce qui à l’époque était aussi important que le droit de haute et basse justice sur leurs terres, qu’ils possédaient aussi, comme les seigneurs.

 

l'entrée du chenil des ducs de Bourgognela tour du pigeonnierle pigeonnier et le logement des abbés commendatairesla façade de l'église abbatiale

Fontenay : le chenil, le colombier et l'église abbatiale

 

Nous allons visiter l’édifice principal de l’Abbaye, l’église abbatiale, consacrée en 1147 par le pape Eugène III : l’activité primordiale des moines était en effet la prière. Sa façade est austère et dépouillée. Orientée à l’est, de style roman, elle est voûtée en berceau brisé et a la forme d’une croix latine de 66 m de long sur 30 de large au transept. Peu décorée, elle est imposante de force et de majesté avec ses 16,70 de hauteur. Quand on y entre, rien ne vient distraire le regard qui embrasse la nef et ses deux collatéraux, le transept et le chevet plat, où n’entre qu’une lumière tamisée.

Nous montons vers le chœur, pavé de carreaux émaillés du XII° siècle, sobres et doux, décorés d’étoiles, de rosaces et d’entrelacs.  Diverses pierres tombales y sont regroupées, sous le retable de scènes de l’Evangile. Solitaire, dans le croisillon nord, la statue souriante de Notre Dame de Fontenay, de la fin du XIII° s, est magnifique, tendrement penchée vers son enfantelet. En face, vers le sud, les gisants du chevalier Mello d’Epoisse et de son épouse dorment à jamais.

 

le portail de l'égliseun des deux collatérauxvers le choeurNotre Dane de Fontenay le pavement originel du choeurla pierre tombale d'Ebrard de Norwich

 

Notre Dame : détailles vitraux du chevetles gisants des Mello

Fontenay : l'église abbatiale

 

Derrière eux, un escalier monte à l’étage supérieur dans le dortoir, où les moines dorment à même le sol, côte à côte, juste séparés par des cloisons basses, sur de dures paillasses, sans se dévêtir, de manière à être toujours prêts pour la prière. C’est une vaste salle de 56m, blonde et lumineuse, avec une superbe charpente en chêne du XV° siècle en forme de carène renversée, qui souligne la grandeur de l’abbaye : à son apogée, elle hébergeait jusqu'à 300 moines. Un détail amusant : la charpente porte une étonnante signature des charpentiers de marine qui l’ont bâtie, un trou rond, au centre, à l’endroit qui correspondrait à l’emplacement du mât ! Un autre, plus pragmatique : une ouverture, pratiquée dans le mur qui donne sur l’église, permettait aux moines alités d’assister aux offices… Des fenêtres donnent, de chaque côté, sur le grand jardin et sur le cloître, auquel on accède par une porte en bas de l’escalier.

 

fenêtre du dortoir, vers le grand jardinle dortoir des moinesune partie du jardinles fenêtres du dortoirfenêtre, ensemble

Fontenay : le dortoir des moines et sa vue sur les jardins

 

Nous sommes, dans le cloître, au chœur du monastère. Fermé, ouvert seulement sur le ciel, c'est un jardin qui évoque le paradis, avec la fontaine des ablutions où on se purifie en même temps qu’on se lave. Le cloître est un lieu de méditation, de rencontre, de lecture. Les quatre galeries qui entourent le préau forment un harmonieux rectangle de 38m sur 36. Si l’architecture est aussi sobre que celle de l’église, les piliers et colonnettes sont très variées, et les chapiteaux sont ornés de motifs végétaux. Du centre du cloître, on aperçoit le clocher de l’abbaye, décalé par rapport à l’église, qui doit rythmer de son appel la vie conventuelle : vigiles, laudes, tierce, sexte, none, vêpres, salut, complies… Nous sommes dans un havre de sérénité et de beauté qui ne donne qu’une envie : s’asseoir et méditer…

 

fontenay , le cloîtrele cloîtrele cloîtrele clocher de l'église

Fontenay : le cloître

 

colonnettes du cloître

 

 

 

On passe dans la salle capitulaire, ou « salle du chapitre » par une belle arcade cintrée. C’est une vaste salle voûtée sous croisées d’ogives aux chapiteaux ornés de feuilles d’eau, très harmonieuse. C’est une pièce essentielle de la vie monacale. Chaque jour, on y lit un chapitre de la règle, on y apprend les informations venues de l’extérieur, on y débat des affaires de la communautés ou des manquements à la règle. Elle donne sur le scriptorium, une autre salle magnifique sous douze voûtes d’ogives, dont plusieurs parties était vraisemblablement dévouée à l’écriture et l’enluminure des manuscrits grâce à sa luminosité, et sur le chauffoir, dans l’angle sud-est, qui a gardé ses deux belles cheminées. C’est le seul endroit où la règle autorise qu’on allume du feu en hiver, il abrite la bibliothèque. Le chauffoir communique par un escalier avec le dortoir, qui était donc adouci, en hiver, grâce à la montée naturelle de l’air chaud.

 

la salle capitulairela salle capitulairede sobres chapiteauxclé de voûtela salle des moines, le scriptorium
 

la salle des moines

détail du scriptorium

la porte du scriptorium vers les jardins

 

Fontenay : la salle capitulaire et la salle des moines (scriptorium)

 


Vers l'Abbaye (2) : les bâtiments utilitaires (forge, musée)